Restos du cœur : Les associations sonnent l’alarme pour les plus pauvres des pauvres en France

Au total, jusqu'à 3,5 millions de personnes en France dépendent de l'aide alimentaire fournie par les associations.

Des bénévoles préparent des colis aux Restos du cœur, à Asnières (Hauts-de-Seine), le 22 novembre 2022.

Restos du cœur, épiceries sociales ou soupes populaires : alors que s’ouvre la 38e campagne de l’association fondée par Coluche, le monde caritatif est le dernier rempart des plus démunis qui subissent de plein fouet l’inflation et l’insécurité alimentaire.

Restos du cœur

Les associations comme les Restos du cœur font toutes le même constat. Avec la hausse des prix, le nombre de bénéficiaires de l’aide alimentaire augmente et la pauvreté s’aggrave.

12% de bénéficiaires en plus

Depuis avril, le nombre de bénéficiaires des Restos du cœur qui ont lancé mardi leur 38e campagne nationale a bondi de 12% et leurs difficultés se sont accrues, puisque 60% (au lieu de 50% un an plus tôt) vivent dans la grande pauvreté, c’est-à-dire avec moins de la moitié du seuil de pauvreté (551 euros par mois).

Dans les banques alimentaires, la hausse de la fréquentation a été de 9% au premier semestre, soit presque autant en six mois qu’en deux ans de Covid, constate avec amertume Laurence Champier, la directrice du réseau.

Au total, 3,2 à 3,5 millions de personnes en France ont recours à l’aide alimentaire fournie par des associations comme les Restos du cœur – que ce soit par la distribution de colis, de repas chauds ou d’épiceries solidaires -, selon une étude de l’Insee publiée mardi.

Se priver pour mieux nourrir leur famille

Ces bénéficiaires font partie des plus pauvres et sont souvent obligés de se priver pour mieux nourrir leurs enfants.

Leur niveau de vie moyen n’est que de 637 euros par mois, ce qui est nettement inférieur aux 877 euros perçus en moyenne par l’ensemble des ménages vivant sous le seuil de pauvreté, selon l’institut de recherche statistique.

Près d’un tiers (32%) des bénéficiaires disent se coucher souvent ou parfois le ventre vide et deux tiers de ceux qui ont des enfants disent que, dans leur famille, les adultes doivent souvent ou parfois réduire leur part au profit des enfants.

On ne mange plus de viande ou on saute des repas

Nous sommes dans une situation où la précarité augmente dans notre pays, notamment la précarité alimentaire, a ajouté le ministre des Solidarités Jean-Christophe Combe, venu mardi 22 novembre 2022 soutenir les bénévoles des Restos du cœur dans un centre de distribution à Asnières, en région parisienne.

Face à l’inflation et à la hausse des loyers ou des prix de l’énergie, les plus précaires sont obligés de faire des arbitrages dans leur budget, a-t-il souligné.

On choisit de ne pas manger de viande ou de poisson, alors on saute des repas, a observé le ministre, avant de saluer les mesures du bouclier tarifaire énergétique et d’annoncer une enveloppe exceptionnelle de 10 millions d’euros pour l’aide alimentaire aux étudiants en difficulté.

Des étudiants font la queue le 15 novembre 2022 à Bordeaux pour une distribution de nourriture.

Une somme dont on peut cependant craindre qu’elle ne soit pas suffisante, a commenté sur France Inter le président des Restos du Cœur Patrice Douret.

Des dons en hausse pour les Restos du Cœur

Pour répondre aux besoins croissants des plus précaires – qui n’ont parfois même pas de quoi payer l’essence pour aller chercher leurs colis alimentaires – les associations doivent elles-mêmes faire face à une hausse des coûts, qui fait craindre un effet de ciseaux.

Pour autant, les Restos du Cœur n’envisagent pas de réduire l’aide apportée à leurs 1,1 million de bénéficiaires et font donc plus que jamais appel aux dons des Français, qui contribuent aux trois quarts des besoins de l’association.

Or, nous avons beaucoup de donateurs modestes, souligne Patrice Douret, qui se demande combien de temps ils pourront continuer à donner dans ce contexte difficile.

Chaque geste compte

Une préoccupation partagée par Laurence Champier, des Banques alimentaires, qui lancera le week-end prochain sa grande collecte nationale de dons auprès du grand public.

En donnant un paquet de pâtes ou un bocal de haricots à la sortie de leur supermarché, les particuliers peuvent contribuer à 10% des besoins annuels du réseau associatif, explique-t-elle.

Restos

Chaque geste compte, affirme Mme Champier. La générosité est un outil de cohésion sociale, et nous allons en avoir besoin face à la crise qui s’annonce.

Un simple don aux Restos du cœur peut vraiment faire la différence. Nous devons continuer à nous serrer les coudes, malgré les difficultés budgétaires que nous connaissons tous.